Empreinte

Ecrit par LaurenceDay 337

Depuis toujours je te suis fidèle, je te suis tout court, pas à pas, partout, sans faille. Je suis ta trace, ton empreinte, la marque de ton passage en ce bas monde. Tu existes et je suis la preuve que tu imprimes au sol à ton rythme.
Je te suis, toujours et partout, sous la pluie, au soleil, dans l’orage et le vent. Toujours. Tu peux compter sur moi ; tu peux compter tes pas. Il n’en manque aucun, jamais. Plus fidèle qu’un chien, plus docile aussi et plus discrète.
Tu cours, je te suis, tu tombes et je m’écrase, tu sautilles, tu danses et je m’envole. Toi et moi, c’est le même et c’est pareil. Ton chagrin, je l’imprime profondément dans la terre. Je connais ton pas lourd et lent quand tout t’échappe ; quand tu sombres à l’intérieur c’est moi qui m’enfonce dans le sol. Et je sais aussi ton allure légère qui effleure à peine l’asphalte quand le bonheur te reprend. Je me fais alors plus discrète et je dessine à peine ton passage d’une marque en points de suspension. Tu glisses alors sur la terre comme une caresse et je ne pèse plus rien.
Tu m’entraînes parfois dans des voyages inattendus. L’autre soir, sous une pluie battante, nous sommes sortis. Les pavés luisaient dans la lumière blafarde des ruelles. Tu marchais trop vite. Je m’effaçais rapidement. J’étais sur tes talons, collée à tes basques dans la crainte de te perdre. Et la pluie derrière moi effaçait ton passage, elle emportait chacune de mes empreintes. Il fallait faire vite, bien m’accrocher, ne jamais te lâcher. A tes trousses c’était toujours moi sous le ciel qui se vidait. Tu courais plus vite et je m’essoufflais dans ton sillage.
Et puis un jour, ce jour-là, ce matin-là, tu es parti plus vite encore. Trop vite pour moi. Tu courais, tu courais encore et je me précipitais comme je pouvais dans ta foulée. Tu étais trop rapide, tes foulées trop grandes, les écarts trop longs. Je perdais du terrain et je suis restée là, au bord du chemin. Petit à petit, le soleil a bu mes derniers contours. Je me suis effacée comme une erreur gommée sur un cahier d’écolier. Toi, tu étais allongé plus loin, à quelques pas, le regard fixé vers je ne sais quoi. Tu venais de t’arrêter. La musique aussi. Notre duo, notre concerto, notre mélodie à deux : tout s’est arrêté.
Et ton âme s’est envolée, sans laisser de trace.

© 2017 Tenny De Norre

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EnVie de Voyage

 

diary-of-discoveries

Et si février était le mois du grand départ vers “là-bas”…
Ce sera peut-être un voyage de divertissement, de circonstances ou déterminant ?
Voyage d’outremer ou voyage autour du monde, vous seul connaissez la destination, le motif, l’aboutissement…
Embarquement prévu le 25 février 2017 à 13 heures pour déployer votre imaginaire
N’oubliez pas votre titre de transport (stylo ou clavier) !
Le but est essentiel… Écrire !

Inscription et renseignement sur demande
jeuxdeplume@gmail.com

 

 

 

 

M’enfin, c’est super quand il y a du monde

Ecrit par Bruno

L’enfer :
un lieu rempli de monde, un appartement trop petit où se déroule une inauguration de quelque chose, où c’est censé être festif, mais où on ne s’entend pas, surcharge de mots, de bruits, et une pensée personnelle écrasante par ses remarques et réactions incessantes à cet environnement surchargé, je passe la chaleur exacerbée par les souffles chauds (l’âne et le boeuf de la crèche exposant trop de connards.

 

M’enfin, c’est super quand il y a du monde, tu sais qu’on dit qu’il y en a plus dans la tête de plusieurs personnes que dans une (Note du rédacteur : proverbe approximatif, mais Dieu valide), un peu de chaleur n’a jamais fait de mal à personne. Tu aurais donc là, chaleur humaine et pensées plurielles. Un beau plaisir des sens ça. Et puis les rencontres, les rencontres. Tu n’en as pas fait mention dans le descriptif mais l’alcool, l’alcool t’aidera à te sentir à l’aise, et puis il y a toujours ces succulents petits fours / mais non pas des petits fours crématoires, comme tu es! / des petits fours à la crème, ça bien. Et à profusion. Tout ça pour pas un rond. Si tu t’embêtes un peu tu peux toujours faire le tour du propriétaire, regarder tous les petits défauts et travers du lieu hôte, ah et le plus amusant, se moquer des gens. Oui, bon, je sais je suis censé être un avocat de dieu mais tous les moyens sont bons pour arriver à te rendre heureux, et un bon moyen est de dénigrer les autres. Oui, ben si, Dieu approuve. Je parle en son nom. Fais moi confiance, que diable !

© 2016 Tenny De Norre

Ça ne dure pas, la nature change et tu seras déçu

Ecrit par Bruno

Le rêve :
un paysage avec de grandes perspectives, ouvert, plutôt vert, avec aussi quelques plantes ou arbustes ou arbres proches et lointains, avec des couleurs plutôt vives… pas trop de bruit, un vent léger, ça pourrait aussi être la mer

 

Ça ne dure pas, la nature change et tu seras déçu, mon pauvre ami. D’ailleurs l’automne se rapproche, et même, est là, et tu verras cette pauvre nature mourir tristement. N’as-tu jamais entendu que le vert rend fou ? (Note du rédacteur : c’est faux, mais faut bien inventer, et le diable est par essence de mauvaise foi). Et trop de vert tue le vert aussi, le vert est dans le fruit, tu vois. Je t’en passe, car je suis sympa. De toute façon à la fin, on meurt tous aussi, alors à quoi bon ce soi-disant paysage que tu décris, non mieux vaut s’habituer tout de suite et fuir cette beauté, s’en aller, alors viens je te prie. Tu hésites, attends, la rosée de l’herbe trempera tes chaussures et tes chaussettes, tes orteils les troueront, on se moquera de toi quand tu reviendras en société ! Car oui en plus faudra un jour revenir en société, et là le décalage mon vieux, le décalage. Autant ne pas trop s’isoler, se couper du monde c’est pour rendre fou, et tu sais de quoi je parle…
Si on reprend ton descriptif, il ne fait pas un pli que dans tes plantes il y ait des insectes particulièrement nuisibles, des guèpes dont le seul bourdonnement peut faire peur, tu n’as jamais entendu une colonie de guèpes sur le sentier de la guerre, sans doute. Là aussi, j’en passe, Dieu sait que j’en passe…

© 2016 Tenny De Norre

Je me souviens de ce goût du popcorn sucré

Ecrit par Bruno

Je me souviens de ce goût du popcorn sucré, sa substance aussi dans ma bouche, un des plus beaux moments de ma vie, pourtant si simple, les Pierreafeu au Kinepolis de Bruxelles, avec ma cousine, ma très aimée cousine. Un moment de vacances dans le flot de la jeunesse qui court à tout vitesse.
Les Pierràfeu, au fond c’est quoi ? C’est une famille, avant tout, une famille qui s’amuse, qui rigole, qui gère les difficultés sans trop s’en faire, et dont les déséquilibres font toujours pirouette pouèt pouèt. Et tout ça c’est beau. Eux, ils jouent, pour eux la vie est un jeu.
Creuser la montagne pour y vivre, s’anfractuoser (si ce mot n’existe pas, je l’ai inventé) en elle, c’est se doter d’un socle plus que solide, presqu’indestructible. C’est rassurant, c’est une base sur laquelle le jeu peut se développer à moindre risque. Quel bonheur de s’adosser dans quelque chose qui se creuse exactement selon sa propre forme, se déformer sans se déformer, se sentir bien à sa place.
La « maison » c’est le lieu le plus important, qu’elle puisse se nicher de cette façon garantit qu’elle va durer. Et si le jeu dure, on peut avoir du temps pour le déployer, le dévoyer, le développer.
La nature est souvent dure (comme la montagne), parfois cruelle (comme la montagne), alors la culture nous vient en aide pour s’extirper – normalement elle est faite pour ça – des aspects désagréables de la nature. On tond une haie pour ne pas qu’elle nous abîme nos toitures ou qu’elle salisse nos fenêtres, pour qu’on puisse toujours accéder à d’autres espaces, qu’on ne soit pas confiné, qu’on puisse en sortir. Bref, la culture c’est aussi avoir de la lumière, en continu, si l’on veut, pour s’extirper (à nouveau) des ténèbres de la nuit, vivre et continuer le jeu, si l’on veut. La culture c’est la ou une capacité de. On parle sans arrêt de retour à la nature, mais qu’est-ce qu’on veut dire, on parle toujours de la beauté des grands espaces vierges (qui ne peuvent plus l’être une fois qu’on y est) mais moi je pense sans cesse à ce film Into the Wild où le héros meurt parce qu’il ne lit pas (culture) que telle plante (nature) qu’il avale peut le tuer (et mettre fin au jeu). Sombre connard ! Film insupportable ! Scientia vincere tenebras ! Tiens voilà que je fais de la pub pour l’ULB. Ceci dit, ou comment la science se poserait côté culture alors qu’elle est censée traiter de la nature… Je m’y perds… Enfin soit.
Après, à quoi on joue ? De quoi on joue ? Avec qui on joue ? Avec quoi on joue ? C’est -plein de pré-positions. A moins que ce ne soit des conjonctions de subordination… de subordination… Faut-il des règles au jeu ? De la contrainte ? Des limites ?
Comment garder un sens quand tout serait possible ? Quelle hiérarchie ? Quelles valeurs ?
Quand je pense et lis la phrase d’induction : « joue !» je ressens aussi un « fonce », un « quoi que tu fasses tu ne te tromperas pas », « il n’y a pas d’erreur possible », « si tu crois te tromper tu te trompes, tu ne te trompes pas ». « Il n’y a rien à tromper. »
Que dire à cette cousine quand elle a perdu sa mère, plus d’un an déjà, ma tante elle aussi adorée… « Joue ! » ? C’est fou mais en fait oui. Rien d’autre à dire, joue ! Cette mère n’aurait jamais dit le contraire. Et celui qui dirait le contraire ne peut être qu’un mort-de-peur, un de ceux qui font eux-mêmes peur aux enfants que nous sommes. Non, joue ! Tu te blesses ? Joue! Continue de jouer ! Change une règle si tu ne penses plus pouvoir jouer à ça. Et désormais (désarmé), joue à ceci, ou à cela. Nouvelles donnes, nouvelles armes.
Je pense là à ce qu’est le voyage ? C’est quoi le voyage ? Nécessairement un dépaysement où l’on devrait se perdre pour mieux se retrouver ? Une découverte de ce qu’on ne connaît pas pour se l’approprier ? Si l’on se l’approprie c’est qu’il nous appartient, c’est faire sien ce qui est autre… et donc c’est repousser encore plus loin la limite, qui existe quand même toujours, ou qui n’a jamais existé…
Est-ce que le scientifique qui va passer sa vie à jouer avec une équation dont il s’efforce de comprendre la subtilité infinie et qui peinera à finaliser son travail voyage-t-il ? A-t-il le sentiment de voyager, cloîtré dans un laboratoire plus ou moins maculé ? Je m’interroge, je l’interroge.
Si le voyage peut avoir de la valeur, il doit toucher, exacerber les sens. Je crois que ce n’est pas une notion de lieu, ou plutôt je crois que c’est un question de corps. Le nôtre. Qu’on le ballade de par le monde ou non. Alors, si j’en reviens à mon choix d’image, censée représenter une idée du voyage, je pense toujours à protéger le corps, là où il peut être fragile, lui donner ensuite un élan pour s’engager dans le vaste monde (selon la formule des contes, les contes, n’est-ce pas eux qui nous font le plus voyager au final, sans à peine « faire » plus que d’être extirpé (une dernière fois) d’un livre ou de la bouche d’un parent, d’un ami, d’un passager clandestin ou moins clandestin de notre petit monde sans limite, infini ?)

© 2016 Tenny De Norre

D’emblée, je trouve que Dieu aurait pu me faire d’une autre couleur

Ecrit par Bruno

D’emblée, je trouve que Dieu aurait pu me faire d’une autre couleur, ce vert dégueu qui euh que je n’arrive même pas à décrire… Enfin merde, moche, quoi. Ceci dit c’est couleur nature ; être naturel, c’est pas négligeable.
Léger, maniable, souple, parfait pour des surfaces planes, qui semble bien équipé, assez neuf, pas trop usagé en tout cas… Mais je suis à quai ? Pourquoi être à quai ? Et pourquoi personne ne m’exploite donc pas plus. Où sont les touristes, ben oui, un canot pneumatique c’est un truc de touristes, mais les pires encore, ceux du dimanche ou les pensionnés, ceux qui croient encore qu’ils ont les muscles pour épater leur petite dame sur l’étang…
Reprenons-nous : il y a là un potentiel sympa, de chouettes navigations pouvant faire la joie des petits et des grands enfants, on peut rêver, imaginer, faire confiance dans cet imaginaire de l’enfance à se prendre pour un corsaire ou pour les autres à s’imaginer Gérard d’Aboville et sa traversée à la rame des océans, ou que sais-je encore. Je suis un support à l’imaginaire, c’est pas rien. Je suis par excellence un radeau pour les naufragés de la vie, je l’ai toujours été, même si je n’en ai pas toujours voulu, i am what i am comme dirait l’autre. Oui, les aléas, la houle je la gère, je glisse dessus, elle ne me fait pas peur, en tout cas celle des autres, un recul profond avec une rame tendue, deux rames tendues même, oui étonnamment bien équipé pour la tâche. Et si de loin tout semble flou, chaque fois qu’on avance, qu’on progresse, qu’on vogue les choses s’éclaircissent, les formes se découvrent, les couleurs s’accentuent, et les choix se font plus adéquats, plus précis et plus conscients. Après tout, faut pas être trop imposant, il faut qu’on puisse vous abandonner, pour être rapidement repris en mains ou pour de nouveau être opérationnel pour le naufragé suivant. Imaginer un paquebot à ces instants-là serait purement un non-sens. Oui, une fausse fragilité vaut mieux qu’un colosse aux pieds d’argile. Je suis le prince des métaphores, l’air que je contiens permet l’équilibre du monde, l’élasticité qui me compose permet tous les accès et pas mal d’excès. Oui, il y a des choses, des gens, des êtres, des esprits, qui sont à leur place, yaka les utiliser, pour ce qu’ils sont et ce qu’ils peuvent être. Comme c’est facile, quel soulagement !
Comme il semble que le temps imparti à la consigne n’est pas atteint, je continue. Je suis l’anti-Charon, je suis le moyen de passer de l’enfer à la vie, de promouvoir le retour aux vivants, au vivant… Après soyons modeste, il en restera des étapes, mais celle-là faut se la payer, faut la passer. Et là encore, avantage : se payer un canot c’est pas se payer un yacht ! Oh, et puis pour la couleur, réfléchis, si tu l’as choisi ce canot c’est parce qu’en plus t’étais sûr que t’allais pouvoir t’en amuser. Et rire si c’est pas vital, je ne sais pas ce qui l’est.

© 2016 Tenny De Norre

Aujourd’hui est un jour particulier

Ecrit par Virginie

Ce soir, je retrouve, après un long voyage, cette rue familière; Il fait sombre, mais je reconnais chaque arbre, chaque lampadaire. Je respire à plein nez l’odeur des feuilles d’automne et de la pluie.
Je suis chez moi.

Aujourd’hui est un jour particulier. Il ne s’est rien produit de spécial, mais aujourd’hui, cela fait cinq ans qu’elle est partie.

Ma soeur avait une audace et un aplomb que je lui enviais. Plus jeune que moi, elle avait pourtant vécu bien plus d’aventures, ouvert de portes et visité d’endroits. Elle osait tout, et suivait ses envies.

Et puis, un jour, elle est partie.

Je ne sais pas où elle est, et elle me manque. Son absence a laissé un vide insondable entre moi et mes parents.
Il y avait tant à dire sur elle, et si peu sur moi. Ma vie était convenue, prévisible, sécurisante. J’aurais pu, à peu de choses près, me décrire dix ans plus tard, avec la certitude de ne pas me tromper.

Et puis ma soeur a disparu, et avec elle, l’opposé excentrique, remuant et aventureux, sur lequel je fondais mon existence banale et confortable.
Cette disparition a tout remis en question. Où était-elle ? Comment vivre sans elle? Comment retrouver un équilibre? Pouvait-elle vivre à travers moi?

Il ne me restait d’elle que les souvenirs et une phrase écrite sur le miroir de sa chambre : « Ne refais pas les mêmes erreurs ».
Que voulait-elle dire? A qui? A moi?
Ma soeur m’obsédait, remplissait mes pensées. Elle était finalement plus présente que jamais. Je n’étais plus capable de travailler. Toute ma vie si bien construite chancelait.

Sur les conseils de mes parents, de mes amis et de mon employeur, je pris un congé sans solde. Un jour, je ressentis le besoin de partir.
Je ne savais pas pour quelle raison, ni quelle serait ma destination, ou la durée du voyage. Je ne savais pas si je partais à sa recherche ou à ma rencontre. Mais je savais qu’il me fallait partir.

Ce voyage a duré 5 ans. Je ne suis pas partie explorer le monde, je ne suis finalement pas allée bien loin, mais le dépaysement était total.Moi qui chérissais les horaires, le temps bien utilisé et la rentabilité, je découvrais la liberté et la paresse. Moi qui me sentais contenue dans une ville, je m’installai en bordure de forêt, et entrepris d’apprivoiser l’horizon et le vide.

Le vide… voilà bien le mot clé de ce voyage. Ne plus craindre le vide, ne pas chercher à remplir le silence, accepter le calme, le rien, l’ennui, l’oisiveté…

En disparaissant et en créant un manque, ma sœur m’a libérée de ma peur du vide. Elle m’a poussée à oser, à risquer.
« Ne refais pas les mêmes erreurs ». Aujourd’hui je comprends mieux ce double conseil : je ne referai pas l’erreur de remplir ma vie à craquer, de craindre le vide et de viser l’efficacité. Mais en plus, je me donnerai le droit de faire d’autres erreurs, d’essayer, d’échouer, d’être déçue, d’apprendre, de vivre.

Ce soir, je rentre chez moi, riche de cette expérience et de cette rencontre avec moi-même et ma sœur intérieure.

© 2016 Tenny De Norre

Je m’appelle Ford.

Ecrit par Virginie

Je m’appelle Ford. Je suis un formidable engin d’exploration du monde. Ma maîtresse m’a choisi pou rouler en forêt, traverser les ornières, les flaques, les chemins de terre, sans m’embourber. Mais à mon avis elle m’a aussi choisi pour briller en société.
Il faut dire que je suis beau, et que j’impressionne.
Ma carrosserie, aux teintes orangées métalliques, brille comme le feu. Mes quatre roues motrices et leurs jantes rutilantes ajoutent un éclat d’argent à ma silhouette sportive.
Comme je suis grand et confortable, et que j’ai de super amortisseurs, ma maîtresse garde une coiffure impeccable en toutes circonstances.
Il faut la voir sortir, l’air conquérant et sure d’elle… Comme je l’aime, comme je l’admire !
A deux, nous allons partir sur les routes et découvrir le monde.
Je rêve de faire gronder mon moteur sous ses pieds, de sentir ses mains sur mon volant en cuir, d’obéir à ses ordres, donnés du bout des doigts sur mon boîtier de vitesses… J’ai envie de sentir le vent siffler à mes rétroviseurs, et la pluie ruisseler sur mes vitres, et d’entendre le bruit régulier et apaisant des essuie-glaces.
J’aimerais ressentir le contraste délicieux de l’air co mis à fond et de la tôle brûlante.
J’ai envie du mélange des sons, entre la musique rock de l’auto radio et le bruit des autres voitures.
Je rêve d’avaler des kilomètres avec elle, de voir de nouveaux paysages, de nouvelles couleurs, d’être ébloui par un soleil impitoyable, ou, au contraire, de nous dévoiler, de nuit, un nouveau monde, à mesure que mes phares l’éclairent.
Je rêve de découvrir le goût de l’essence dans d’autres pays, et de renifler l’odeur du macadam et des restoroutes.
Mais plus que tout, je rêve de la conduire où son cœur l’emmène, de lui permettre de trouver sa place et de veiller sur son sommeil, garé au pied d’un petit hôtel routier.

© 2016 Tenny De Norre