D’emblée, je trouve que Dieu aurait pu me faire d’une autre couleur

Ecrit par Bruno

D’emblée, je trouve que Dieu aurait pu me faire d’une autre couleur, ce vert dégueu qui euh que je n’arrive même pas à décrire… Enfin merde, moche, quoi. Ceci dit c’est couleur nature ; être naturel, c’est pas négligeable.
Léger, maniable, souple, parfait pour des surfaces planes, qui semble bien équipé, assez neuf, pas trop usagé en tout cas… Mais je suis à quai ? Pourquoi être à quai ? Et pourquoi personne ne m’exploite donc pas plus. Où sont les touristes, ben oui, un canot pneumatique c’est un truc de touristes, mais les pires encore, ceux du dimanche ou les pensionnés, ceux qui croient encore qu’ils ont les muscles pour épater leur petite dame sur l’étang…
Reprenons-nous : il y a là un potentiel sympa, de chouettes navigations pouvant faire la joie des petits et des grands enfants, on peut rêver, imaginer, faire confiance dans cet imaginaire de l’enfance à se prendre pour un corsaire ou pour les autres à s’imaginer Gérard d’Aboville et sa traversée à la rame des océans, ou que sais-je encore. Je suis un support à l’imaginaire, c’est pas rien. Je suis par excellence un radeau pour les naufragés de la vie, je l’ai toujours été, même si je n’en ai pas toujours voulu, i am what i am comme dirait l’autre. Oui, les aléas, la houle je la gère, je glisse dessus, elle ne me fait pas peur, en tout cas celle des autres, un recul profond avec une rame tendue, deux rames tendues même, oui étonnamment bien équipé pour la tâche. Et si de loin tout semble flou, chaque fois qu’on avance, qu’on progresse, qu’on vogue les choses s’éclaircissent, les formes se découvrent, les couleurs s’accentuent, et les choix se font plus adéquats, plus précis et plus conscients. Après tout, faut pas être trop imposant, il faut qu’on puisse vous abandonner, pour être rapidement repris en mains ou pour de nouveau être opérationnel pour le naufragé suivant. Imaginer un paquebot à ces instants-là serait purement un non-sens. Oui, une fausse fragilité vaut mieux qu’un colosse aux pieds d’argile. Je suis le prince des métaphores, l’air que je contiens permet l’équilibre du monde, l’élasticité qui me compose permet tous les accès et pas mal d’excès. Oui, il y a des choses, des gens, des êtres, des esprits, qui sont à leur place, yaka les utiliser, pour ce qu’ils sont et ce qu’ils peuvent être. Comme c’est facile, quel soulagement !
Comme il semble que le temps imparti à la consigne n’est pas atteint, je continue. Je suis l’anti-Charon, je suis le moyen de passer de l’enfer à la vie, de promouvoir le retour aux vivants, au vivant… Après soyons modeste, il en restera des étapes, mais celle-là faut se la payer, faut la passer. Et là encore, avantage : se payer un canot c’est pas se payer un yacht ! Oh, et puis pour la couleur, réfléchis, si tu l’as choisi ce canot c’est parce qu’en plus t’étais sûr que t’allais pouvoir t’en amuser. Et rire si c’est pas vital, je ne sais pas ce qui l’est.

© 2016 Tenny De Norre

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