Je me souviens de ce goût du popcorn sucré

Ecrit par Bruno

Je me souviens de ce goût du popcorn sucré, sa substance aussi dans ma bouche, un des plus beaux moments de ma vie, pourtant si simple, les Pierreafeu au Kinepolis de Bruxelles, avec ma cousine, ma très aimée cousine. Un moment de vacances dans le flot de la jeunesse qui court à tout vitesse.
Les Pierràfeu, au fond c’est quoi ? C’est une famille, avant tout, une famille qui s’amuse, qui rigole, qui gère les difficultés sans trop s’en faire, et dont les déséquilibres font toujours pirouette pouèt pouèt. Et tout ça c’est beau. Eux, ils jouent, pour eux la vie est un jeu.
Creuser la montagne pour y vivre, s’anfractuoser (si ce mot n’existe pas, je l’ai inventé) en elle, c’est se doter d’un socle plus que solide, presqu’indestructible. C’est rassurant, c’est une base sur laquelle le jeu peut se développer à moindre risque. Quel bonheur de s’adosser dans quelque chose qui se creuse exactement selon sa propre forme, se déformer sans se déformer, se sentir bien à sa place.
La « maison » c’est le lieu le plus important, qu’elle puisse se nicher de cette façon garantit qu’elle va durer. Et si le jeu dure, on peut avoir du temps pour le déployer, le dévoyer, le développer.
La nature est souvent dure (comme la montagne), parfois cruelle (comme la montagne), alors la culture nous vient en aide pour s’extirper – normalement elle est faite pour ça – des aspects désagréables de la nature. On tond une haie pour ne pas qu’elle nous abîme nos toitures ou qu’elle salisse nos fenêtres, pour qu’on puisse toujours accéder à d’autres espaces, qu’on ne soit pas confiné, qu’on puisse en sortir. Bref, la culture c’est aussi avoir de la lumière, en continu, si l’on veut, pour s’extirper (à nouveau) des ténèbres de la nuit, vivre et continuer le jeu, si l’on veut. La culture c’est la ou une capacité de. On parle sans arrêt de retour à la nature, mais qu’est-ce qu’on veut dire, on parle toujours de la beauté des grands espaces vierges (qui ne peuvent plus l’être une fois qu’on y est) mais moi je pense sans cesse à ce film Into the Wild où le héros meurt parce qu’il ne lit pas (culture) que telle plante (nature) qu’il avale peut le tuer (et mettre fin au jeu). Sombre connard ! Film insupportable ! Scientia vincere tenebras ! Tiens voilà que je fais de la pub pour l’ULB. Ceci dit, ou comment la science se poserait côté culture alors qu’elle est censée traiter de la nature… Je m’y perds… Enfin soit.
Après, à quoi on joue ? De quoi on joue ? Avec qui on joue ? Avec quoi on joue ? C’est -plein de pré-positions. A moins que ce ne soit des conjonctions de subordination… de subordination… Faut-il des règles au jeu ? De la contrainte ? Des limites ?
Comment garder un sens quand tout serait possible ? Quelle hiérarchie ? Quelles valeurs ?
Quand je pense et lis la phrase d’induction : « joue !» je ressens aussi un « fonce », un « quoi que tu fasses tu ne te tromperas pas », « il n’y a pas d’erreur possible », « si tu crois te tromper tu te trompes, tu ne te trompes pas ». « Il n’y a rien à tromper. »
Que dire à cette cousine quand elle a perdu sa mère, plus d’un an déjà, ma tante elle aussi adorée… « Joue ! » ? C’est fou mais en fait oui. Rien d’autre à dire, joue ! Cette mère n’aurait jamais dit le contraire. Et celui qui dirait le contraire ne peut être qu’un mort-de-peur, un de ceux qui font eux-mêmes peur aux enfants que nous sommes. Non, joue ! Tu te blesses ? Joue! Continue de jouer ! Change une règle si tu ne penses plus pouvoir jouer à ça. Et désormais (désarmé), joue à ceci, ou à cela. Nouvelles donnes, nouvelles armes.
Je pense là à ce qu’est le voyage ? C’est quoi le voyage ? Nécessairement un dépaysement où l’on devrait se perdre pour mieux se retrouver ? Une découverte de ce qu’on ne connaît pas pour se l’approprier ? Si l’on se l’approprie c’est qu’il nous appartient, c’est faire sien ce qui est autre… et donc c’est repousser encore plus loin la limite, qui existe quand même toujours, ou qui n’a jamais existé…
Est-ce que le scientifique qui va passer sa vie à jouer avec une équation dont il s’efforce de comprendre la subtilité infinie et qui peinera à finaliser son travail voyage-t-il ? A-t-il le sentiment de voyager, cloîtré dans un laboratoire plus ou moins maculé ? Je m’interroge, je l’interroge.
Si le voyage peut avoir de la valeur, il doit toucher, exacerber les sens. Je crois que ce n’est pas une notion de lieu, ou plutôt je crois que c’est un question de corps. Le nôtre. Qu’on le ballade de par le monde ou non. Alors, si j’en reviens à mon choix d’image, censée représenter une idée du voyage, je pense toujours à protéger le corps, là où il peut être fragile, lui donner ensuite un élan pour s’engager dans le vaste monde (selon la formule des contes, les contes, n’est-ce pas eux qui nous font le plus voyager au final, sans à peine « faire » plus que d’être extirpé (une dernière fois) d’un livre ou de la bouche d’un parent, d’un ami, d’un passager clandestin ou moins clandestin de notre petit monde sans limite, infini ?)

© 2016 Tenny De Norre

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