Aujourd’hui est un jour particulier

Ecrit par Virginie

Ce soir, je retrouve, après un long voyage, cette rue familière; Il fait sombre, mais je reconnais chaque arbre, chaque lampadaire. Je respire à plein nez l’odeur des feuilles d’automne et de la pluie.
Je suis chez moi.

Aujourd’hui est un jour particulier. Il ne s’est rien produit de spécial, mais aujourd’hui, cela fait cinq ans qu’elle est partie.

Ma soeur avait une audace et un aplomb que je lui enviais. Plus jeune que moi, elle avait pourtant vécu bien plus d’aventures, ouvert de portes et visité d’endroits. Elle osait tout, et suivait ses envies.

Et puis, un jour, elle est partie.

Je ne sais pas où elle est, et elle me manque. Son absence a laissé un vide insondable entre moi et mes parents.
Il y avait tant à dire sur elle, et si peu sur moi. Ma vie était convenue, prévisible, sécurisante. J’aurais pu, à peu de choses près, me décrire dix ans plus tard, avec la certitude de ne pas me tromper.

Et puis ma soeur a disparu, et avec elle, l’opposé excentrique, remuant et aventureux, sur lequel je fondais mon existence banale et confortable.
Cette disparition a tout remis en question. Où était-elle ? Comment vivre sans elle? Comment retrouver un équilibre? Pouvait-elle vivre à travers moi?

Il ne me restait d’elle que les souvenirs et une phrase écrite sur le miroir de sa chambre : « Ne refais pas les mêmes erreurs ».
Que voulait-elle dire? A qui? A moi?
Ma soeur m’obsédait, remplissait mes pensées. Elle était finalement plus présente que jamais. Je n’étais plus capable de travailler. Toute ma vie si bien construite chancelait.

Sur les conseils de mes parents, de mes amis et de mon employeur, je pris un congé sans solde. Un jour, je ressentis le besoin de partir.
Je ne savais pas pour quelle raison, ni quelle serait ma destination, ou la durée du voyage. Je ne savais pas si je partais à sa recherche ou à ma rencontre. Mais je savais qu’il me fallait partir.

Ce voyage a duré 5 ans. Je ne suis pas partie explorer le monde, je ne suis finalement pas allée bien loin, mais le dépaysement était total.Moi qui chérissais les horaires, le temps bien utilisé et la rentabilité, je découvrais la liberté et la paresse. Moi qui me sentais contenue dans une ville, je m’installai en bordure de forêt, et entrepris d’apprivoiser l’horizon et le vide.

Le vide… voilà bien le mot clé de ce voyage. Ne plus craindre le vide, ne pas chercher à remplir le silence, accepter le calme, le rien, l’ennui, l’oisiveté…

En disparaissant et en créant un manque, ma sœur m’a libérée de ma peur du vide. Elle m’a poussée à oser, à risquer.
« Ne refais pas les mêmes erreurs ». Aujourd’hui je comprends mieux ce double conseil : je ne referai pas l’erreur de remplir ma vie à craquer, de craindre le vide et de viser l’efficacité. Mais en plus, je me donnerai le droit de faire d’autres erreurs, d’essayer, d’échouer, d’être déçue, d’apprendre, de vivre.

Ce soir, je rentre chez moi, riche de cette expérience et de cette rencontre avec moi-même et ma sœur intérieure.

© 2016 Tenny De Norre

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